{"id":304,"date":"2008-12-02T07:37:13","date_gmt":"2008-12-02T05:37:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.langages.ch\/blog\/?p=304"},"modified":"2016-12-30T07:25:00","modified_gmt":"2016-12-30T06:25:00","slug":"lorgue-le-plus-magnifique-des-instruments-selon-balzac","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carillons.ch\/blog\/lorgue-le-plus-magnifique-des-instruments-selon-balzac\/","title":{"rendered":"L&rsquo;orgue, le plus magnifique des instruments, selon Balzac"},"content":{"rendered":"<p>Dans un passage du roman \u00ab\u00a0La duchesse de Langeais<sup class='footnote'><a href='#fn-304-1' id='fnref-304-1' onclick='return fdfootnote_show(304)'>1<\/a><\/sup>, o\u00f9 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne tient l&rsquo;orgue au service de la messe, en y exprimant ses passions, et o\u00f9 son amoureux assiste \u00e0 la messe et per\u00e7oit dans les harmonies de l&rsquo;orgue l&rsquo;amour qui lui est encore vou\u00e9. On a ici un bel \u00e9loge de l&rsquo;orgue, Balzac \u00e9tait-il un amateur de musique d&rsquo;orgue? Il semble, puisque ce chapitre est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Frantz Liszt. Il nous parle aussi du langage de l&rsquo;orgue, de ce qu&rsquo;il exprime et peut exprimer, de ce pouvoir de la musique d&rsquo;aller au-del\u00e0, de signifier tant de choses.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En homme essentiellement catholique et monarchique, il s&rsquo;informa de l&rsquo;heure des offices et affecta le plus grand attachement aux pratiques religieuses, pi\u00e9t\u00e9 qui, en Espagne, ne devait surprendre personne.\u00a0<\/p>\n<p>Le lendemain m\u00eame, pendant le d\u00e9part de ses soldats, le g\u00e9n\u00e9ral se rendit au couvent pour assister aux v\u00eapres. Il trouva l&rsquo;\u00e9glise d\u00e9sert\u00e9e par les habitants, qui, malgr\u00e9 leur d\u00e9votion, \u00e9taient all\u00e9s voir sur le port l&#8217;embarcation des troupes. Le Fran\u00e7ais, heureux de se trouver seul dans l&rsquo;\u00e9glise, eut soin d&rsquo;en faire retentir les vo\u00fbtes sonores du bruit de ses \u00e9perons; il y marcha bruyamment, il toussa, il se parla tout haut \u00e0 lui-m\u00eame pour apprendre aux religieuses, et surtout \u00e0 la musicienne, que, si les Fran\u00e7ais partaient, il en restait un. Ce singulier avis fut-il entendu, compris ? .. le g\u00e9n\u00e9ral le crut. Au <span><em>Magnificat, <\/em><\/span>les orgues sembl\u00e8rent lui faire une r\u00e9ponse qui lui fut apport\u00e9e par les vibrations de l&rsquo;air. L&rsquo;\u00e2me de la religieuse vola vers lui sur les ailes de ses notes et s&rsquo;\u00e9mut dans le mouvement des sons. La musique \u00e9clata dans toute sa puissance; elle \u00e9chauffa l&rsquo;\u00e9glise. Ce chant de joie, consacr\u00e9 par la sublime liturgie de la Chr\u00e9tient\u00e9 Romaine pour exprimer l&rsquo;exaltation de l&rsquo;\u00e2me en pr\u00e9sence des splendeurs du Dieu toujours vivant, devint l&rsquo;expression d&rsquo;un c\u0153ur presque effray\u00e9 de son bonheur, en pr\u00e9sence des splendeurs d&rsquo;un p\u00e9rissable amour qui durait encore et venait l&rsquo;agiter au del\u00e0 de la tombe religieuse o\u00f9 s&rsquo;ensevelissent les femmes pour rena\u00eetre \u00e9pouses du Christ.\u00a0<\/p>\n<p>L&rsquo;orgue est certes le plus grand, le plus audacieux, le plus magnifique de tous les instruments cr\u00e9\u00e9s par le g\u00e9nie humain. Il est un orchestre entier, auquel une main habile peut tout demander, il peut tout exprimer. N&rsquo;est-ce pas, en quelque sorte, un pi\u00e9destal sur lequel l&rsquo;\u00e2me se pose pour s&rsquo;\u00e9lancer dans les espaces lorsque, dans son vol, elle essaie de tracer mille tableaux, de peindre la vie, de parcourir l&rsquo;infini qui s\u00e9pare le ciel de la terre? Plus un po\u00e8te en \u00e9coute les gigantesques harmonies, mieux il con\u00e7oit qu&rsquo;entre les hommes agenouill\u00e9s et le Dieu cach\u00e9 par les \u00e9blouissants rayons du Sanctuaire les cent voix de ce ch\u0153ur terrestre peuvent seules combler les distances, et sont le seul truchement assez fort pour transmettre au ciel les pri\u00e8res humaines dans l&rsquo;omnipotence de leurs modes, dans la diversit\u00e9 de leurs m\u00e9lancolies, avec les teintes de leurs m\u00e9ditatives extases, avec les jets imp\u00e9tueux de leurs repentirs et les mille fantaisies de toutes les croyances. Oui, sous ces longues vo\u00fbtes, les m\u00e9lodies enfant\u00e9es par le g\u00e9nie des choses saintes trouvent des grandeurs inou\u00efes dont elles se parent et se fortifient. L\u00e0, le jour affaibli, le silence profond, les chants qui alternent avec le tonnerre des orgues, font \u00e0 Dieu comme un voile \u00e0 travers lequel rayonnent ses lumineux attributs. Toutes ces richesses sacr\u00e9es semblent \u00eatre jet\u00e9es comme un grain d&rsquo;encens sur le fr\u00eale autel de l&rsquo;Amour \u00e0 la face du tr\u00f4ne \u00e9ternel d&rsquo;un Dieu jaloux et vengeur. En effet, la joie de la religieuse n&rsquo;eut pas ce caract\u00e8re de grandeur et de gravit\u00e9 qui doit s&rsquo;harmonier avec les solennit\u00e9s du <span><em>Magnificat; <\/em><\/span>elle lui donna de riches, de gracieux d\u00e9veloppements, dont les diff\u00e9rents rythmes accusaient une gaiet\u00e9 humaine. Ses motifs eurent le brillant des roulades d&rsquo;une cantatrice qui t\u00e2che d&rsquo;exprimer l&rsquo;amour, et ses chants sautill\u00e8rent comme l&rsquo;oiseau pr\u00e8s de sa compagne.\u00a0<\/p>\n<p>Puis, par moments, elle s&rsquo;\u00e9lan\u00e7ait par bonds dans le pass\u00e9 pour y fol\u00e2trer, pour y pleurer tour \u00e0 tour. Son mode changeant avait quelque chose de d\u00e9sordonn\u00e9 comme l&rsquo;agitation de la femme heureuse du retour de son amant. Puis, apr\u00e8s les fugues flexibles du d\u00e9lire et les effets merveilleux de cette reconnaissance fantastique, l&rsquo;\u00e2me qui parlait ainsi fit un retour sur elle-m\u00eame. La musicienne, passant du majeur au mineur, sut instruire son auditeur de sa situation pr\u00e9sente. \u00a0\u00bb Soudain elle lui raconta ses longues m\u00e9lancolies et lui d\u00e9peignit sa lente maladie morale. Elle avait aboli chaque jour un sens, retranch\u00e9 chaque nuit quelque pens\u00e9e, r\u00e9duit graduellement son c\u0153ur en cendres.\u00a0<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques molles ondulations, sa musique prit, de teinte en teinte, une couleur de tristesse profonde. Bient\u00f4t les \u00e9chos vers\u00e8rent les chagrins \u00e0 torrents. Enfin, tout \u00e0 coup les hautes notes firent d\u00e9tonner un concert de voix ang\u00e9liques, comme pour annoncer \u00e0 l&rsquo;amant perdu, mais non pas oubli\u00e9, que la r\u00e9union des deux \u00e2mes ne se ferait plus que dans les cieux: touchante esp\u00e9rance! Vint <span><em>l&rsquo;Amen. <\/em><\/span>L\u00e0, plus de joie ni de larmes dans les airs; ni m\u00e9lancolie, ni regrets. <span><em>L&rsquo;Amen <\/em><\/span>fut un retour \u00e0 Dieu; ce dernier accord fut grave, solennel, terrible. La musicienne d\u00e9ploya tous les cr\u00eapes de la religieuse, et apr\u00e8s les derniers grondements des basses, qui firent fr\u00e9mir les auditeurs jusque dans leurs cheveux, elle sembla s&rsquo;\u00eatre replong\u00e9e dans la tombe d&rsquo;o\u00f9 elle \u00e9tait pour un moment sortie. Quand les airs eurent, par degr\u00e9s, cess\u00e9 leurs vibrations oscillatoires, vous eussiez dit que l&rsquo;\u00e9glise, jusque-l\u00e0 lumineuse, rentrait dans une profonde obscurit\u00e9. \u00a0\u00bb<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-304'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-304-1'> Honor\u00e9 de Balzac, La duchesse de Langeais Chapitre I La soeur Th\u00e9r\u00e8se (d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Frantz Liszt) p. 814 \u00e9dition club international du livre Bruxelles, 8\u00e8me page du roman. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-304-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un passage du roman \u00ab\u00a0La duchesse de Langeais1, o\u00f9 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne tient l&rsquo;orgue au service de la messe, en y exprimant ses passions, et o\u00f9 son amoureux assiste \u00e0 la messe et per\u00e7oit dans les harmonies de l&rsquo;orgue l&rsquo;amour qui lui est encore vou\u00e9. 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